INTERVIEW EXCLUSIVE – La rédaction d’aucoeurdelimmo.com a eu le plaisir d’interviewer Jean-Marc Torrollion, le président de la FNAIM. Ce dernier nous explique son agacement face à une disposition votée dans la loi de finances pour 2018, l’impact que peut avoir l’exonération de la taxe sur l’immobilier, sa volonté de « bâtir la Fédération de l’avenir », son souhait de mettre en place un laboratoire économique du logement et nous exprime ses projets pour la FNAIM.

Interview Exclusive : Jean-Marc Torrollion, président de la FNAIM fait le point sur l’Immobilier

Interview Exclusive : Jean-Marc Torrollion, président de la FNAIM fait le point sur l’Immobilier, source : FNAIM

Les réactions de Jean-Marc Torrollion sur l’actualité

Au Cœur de l’Immo – Vous avez exprimé votre agacement face à une disposition votée dans la loi de finances pour 2018. Pouvez-vous nous expliquer cet article 68 et son impact sur la profession ?

Jean-Marc Torrollion – Un amendement de la loi de finances l’article 68 a été voté sans que nous en ayons été informés et sans aucune concertation, ce qui pour nous est un bien mauvais signal. Que prévoit cette disposition ? Elle prévoit que pour les investissements type loi Pinel, les honoraires des intermédiaires, donc des professionnels, soient plafonnés en pourcentage selon une disposition qui serait prise par décret. Notre étonnement et notre agacement sont doubles. Tout d’abord, l’État n’a pas à intervenir dans une relation qui concerne deux types de professionnels : les transactionnaires (qu’ils soient gestionnaires de patrimoine, agents immobiliers, réseaux bancaires) et les promoteurs. C’est très curieux de voir ainsi l’État s’immiscer dans une relation d’affaires entre deux professions.

D’un point de vue général (et c’est ma deuxième réflexion) : C’est peut-être prémonitoire d’une volonté de ce gouvernement de réglementer l’intégralité des honoraires des intermédiaires qui interviennent sur le marché de la transaction. Ce serait un non-sens et en contradiction totale avec le caractère « libéral » et pro entreprise affiché du gouvernement. Cela démontre de mon point de vue, toujours, dans le secteur de l’immobilier, un certain amateurisme. Il est illusoire de penser que c’est le client final qui bénéficierait de ce plafonnement. En réalité, les promoteurs ont besoin de réseaux commerciaux puissants, très bien intégrés, capables d’écouler rapidement une partie de leurs programmes, pour leur permettre d’atteindre une précommercialisation, favorisant ainsi le financement de leurs opérations et des garanties d’achèvement. Il faut rappeler le risque qu’encourt un commercialisateur à déployer des efforts de commercialisation sans savoir si le programme va sortir en temps et en heure. Les cycles de commercialisation sont très particuliers et le promoteur, grâce à ces réseaux, sous-traite ce risque. Il est évident que ce gouvernement n’a rien compris aux enjeux.

 

Au Cœur de l’Immo – Selon vous, l’exonération de la taxe d’habitation peut-elle avoir un impact sur l’immobilier ?

Jean-Marc Torrollion – Je crois que ce que tout le monde redoute dans la suppression de la taxe d’habitation, c’est qu’elle engendre une augmentation corrélative des valeurs foncières pour les entreprises et une augmentation de la taxe foncière pour les propriétaires. D’autant plus que le gouvernement est en train de réviser toutes les bases servant d’assiette au calcul de la taxe foncière. C’est pour cela que nous souhaitons un plafonnement de cette dernière. Je crois qu’il faut replacer cette exonération dans le contexte initial, telle qu’elle avait été annoncée par le gouvernement. 10 à 15 milliards d’euros d’économies ont été demandés aux collectivités territoriales. Par conséquent, amputer ces collectivités territoriales de 10 milliards de recettes, ce n’est ni plus ni moins restituer aux contribuables et en l’occurrence aux occupants d’un bien immobilier, qu’ils soient locataires ou propriétaires, le fruit de cet effort de baisse des dépenses des collectivités territoriales.

Si on s’inscrit dans ce schéma-là, je pense que c’est une excellente mesure, parce qu’elle vient diminuer le coût d’occupation et finalement, de détention de l’immobilier en France. Je rappelle que la taxe d’habitation est une particularité française. Il est vrai qu’en matière de fiscalité on est plutôt bon.

Une petite remarque : je pense que cela contribue à améliorer le caractère compétitif du statut du locataire. Pourquoi ? Parce que finalement, quand vous êtes locataire, vous n’avez aucune charge de rénovation, aucune charge d’entretien, mais uniquement les charges de fonctionnement de votre logement et vous n’avez plus de taxe d’habitation. Étant donné que les niveaux de loyers sont globalement raisonnables et plutôt bons en terme de pouvoir d’achat, j’en déduis que le statut de locataire est aujourd’hui celui qu’il faut adopter pendant un certain temps pour consommer du logement intelligemment.

 

Les réactions de Jean-Marc Torrollion sur sa présidence

Au Cœur de l’Immo – Vous avez exprimé votre volonté de « bâtir la Fédération de l’avenir ». Quels sont vos projets pour la rendre « plus ouverte » ? Plus « offensive » ? Plus « exigeante » ?

Jean-Marc Torrollion – La fédération de l’avenir c’est celle qui incarne les entrepreneurs de demain dans nos métiers. La fédération moderne, ouverte, offensive et exigeante, c’est une fédération qui doit répondre à ce que souhaitent justement ces entrepreneurs. La modernité c’est faire en sorte qu’un syndicat professionnel ne soit pas ringardisé dans ses actions, qu’il mène une action de lobbying qui s’appuie aussi sur le digital en ayant une surface de contact au travers de l’ensemble des réseaux sociaux de ses adhérents, de ses chambres syndicales, mais aussi de ses clients. La fédération moderne c’est une fédération qui montre à ses adhérents qu’elle est en phase avec les aspirations des consommateurs, en phase avec son temps.

L’ouverture c’est avoir une commission prospective, étudier les nouveaux modèles, les restituer auprès de nos adhérents.

Être offensif c’est vouloir protéger la valeur ajoutée que nos adhérents créent dans leurs entreprises, c’est anticiper les propositions, savoir s’opposer intelligemment, utilement, quand il le faut, mais c’est aussi pouvoir accompagner un certain nombre de propositions, fussent-elles dérangeantes ou innovantes.

L’exigence enfin. L’époque est exigeante, nos clients le sont, et je crois que la fédération se doit de l’être à l’égard de ses adhérents, en ayant des services de qualité qui répondent pleinement à leur satisfaction.

 

Au Cœur de l’Immo – Vous souhaitez mettre en place un laboratoire économique du logement. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Jean-Marc Torrollion – Je considère qu’une fédération telle que la nôtre, qui représente aujourd’hui 50,37% de la branche, se doit d’avoir en son sein un laboratoire économique, c’est-à-dire un service, capable de délivrer des études de qualité pour nourrir notre réflexion, argumenter nos propositions et pouvoir combattre avec une réelle efficacité les propositions qui nous seraient néfastes. Le laboratoire économique du logement ou LABEL a vocation à rassembler l’intégralité de nos observatoires, y compris ceux que l’on va créer, notamment l’observatoire des charges de copropriété. Le LABEL a vocation à signer ses études et à nourrir une lettre de l’immobilier qui sera envoyée à tous les élus, mais aussi à développer un certain nombre de colloques, en lien avec l’école supérieure de l’immobilier. Le LABEL comprendra un data-scientiste, des analystes, des intervenants, mais l’ensemble de ce dispositif doit concourir à la solidité de la réflexion de la FNAIM qui doit être reconnue en tant que telle.

 

Au Cœur de l’Immo – Avez-vous d’autres projets à court, moyen ou long terme à nous présenter ?

Jean-Marc Torrollion – Nous avons un vrai projet en formation professionnelle, l’École Supérieure de l’Immobilier doit décentraliser un certain nombre de ses formations et aider les adhérents dans leur recrutement. Je pense qu’aujourd’hui, notre école - qui est la première de France - se doit de moderniser la façon dont elle délivre son enseignement, qu’il soit distanciel, en webinar, en intra ou en présentiel. Nous entrons dans un champ compétitif et nous devons relever le défi de la compétitivité de la formation continue. De ce point de vue, nous allons créer des filières de qualification, c’est-à-dire de véritables parcours qui permettent à chaque chef d’entreprise, de pouvoir écrire son programme de formation, en faire bénéficier ses collaborateurs, de telle sorte que nous ayons une vraie filière d’excellence qui nous permette de recruter et de nourrir une bourse de l’emploi que je compte rendre beaucoup plus visible et beaucoup plus efficace que celle qui existe actuellement. L’École Supérieure de l’Immobilier doit moderniser ses outils, notamment en termes d’inscription et de paiement en ligne. Ce projet est en lien direct avec la modernisation de notre outil digital que nous avons évoqué.

 

 

En savoir plus sur la FNAIM et Jean-Marc Torrilion

Titulaire d’une maîtrise de droit notarial et d’un diplôme de l’Institut de droit et d’économie appliqués à l’immobilier (ICH), Jean-Marc Torrollion exerce le métier d’agent immobilier depuis 1987. Le militant, investi dans la vie syndicale depuis 27 ans, adhère d’abord à la chambre Fnaim Isère, avant d’en devenir le président entre 2004 et 2009. Par la suite, il prend la tête de la Fnaim Rhône-Alpes et devient président délégué de la fédération en 2013.